L’Office britannique de lutte contre la délinquance financière (SFO) s’est déclaré compétent hier pour ouvrir une enquête pénale dans l’affaire de manipulations de taux interbancaires, qui vient de pousser trois hauts dirigeants de la banque Barclays à démissionner.
« David Green, directeur du SFO, a formellement décidé aujourd’hui d’accepter de lancer une enquête dans l’affaire du Libor », a indiqué le SFO, dans un communiqué très succinct. Une équipe spécialisée a déjà commencé à travailler sur cette enquête, a précisé une porte-parole de cet organisme chargé de lutter contre les fraudes financières et la corruption. Le SFO a en revanche refusé de préciser quels établissements ou individus étaient visés.
Le siège social de la Banque Barclays à Londres
L’affaire pourrait bien s’étendre à d’autres banques, alors que des enquêtes ont été ouvertes sur plusieurs continents. La britannique Royal Bank of Scotland (RBS), la française Société Générale ou encore les américaines Citigroup et JP Morgan sont également concernées.
Le SFO avait indiqué lundi qu’avec la fin des enquêtes réglementaires concernant Barclays, il envisageait d’ouvrir des poursuites pénales, mais devait auparavant déterminer s’il était compétent pour le faire. Il s’était donné jusqu’à un mois pour en décider. Le SFO pourrait déposer des accusations contre la banque ou contre des individus. Pour sa part, le département de la Justice des États-Unis a indiqué la semaine dernière ne pas avoir l’intention de poursuivre Barclays, en raison de sa collaboration avec l’enquête, mais a prévenu que des accusations pourraient être portées contre des individus.
Les députés britanniques se sont par ailleurs prononcés jeudi pour une enquête parlementaire sur les banques, plutôt que pour une enquête indépendante réclamée par l’opposition travailliste.
Dans le cadre d’auditions distinctes de cette future enquête, la commission parlementaire du Trésor entendra lundi l’un des vice-gouverneurs de la Banque d’Angleterre, Paul Tucker, suivi le lendemain par le président de Barclays, Paul Agius. Bob Diamond, entendu cette semaine devant les députés après sa démission, a admis des « erreurs » et des « comportements répréhensibles » au sein de son groupe. Mais il a assuré que la direction de la banque avait géré le problème de manière appropriée dès qu’elle en a eu connaissance.
Le taux Libor est calculé à partir des données fournies par Barclays et par d’autres banques concernant les taux qui leur sont demandés pour emprunter de l’argent à leurs consoeurs.
Barclays a admis que ses dirigeants ont décidé, en 2007 et 2008, de déclarer des taux inférieurs à la réalité. Ces dirigeants s’inquiétaient que les taux réels, qui étaient systématiquement plus élevés que ceux des autres banques, ne reflètent l’image d’une entreprise en difficulté.
Le reportage original est disponible sur le site Web du journal Le Devoir
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