Congédié pour une pétition

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Régys Caron – Le 21 février 2012

L'embauche de nombreux travailleurs du Nouveau-Brunswick par une compagnie minière chinoise soulève des tensions à la mine de Canadian Royalties dans le Nord du Québec. Gare à ceux qui dénoncent ces embauches «extra-Québec»!

Richard Desjardins a été congédié en octobre 2011 pour avoir lancé une pétition visant à contester la présence de plus de 100 travailleurs sur le chantier de la mine Canadian Royalties, située à 80 kilomètres au sud de baie Déception, dans l'extrême Nord du Québec.

«Les gars du Québec trouvaient aberrant de voir des travailleurs du Nouveau-Brunswick à la mine. Il y a eu un soulèvement. On voyait à la télévision des publicités où on disait que le Plan Nord, c'était des emplois pour les Québécois. J'ai initié la pétition et j'ai été congédié», raconte M. Desjardins en entrevue.

La navette aux trois semaines

L'affaire a rebondi en commission parlementaire qui étudie le projet de loi 14 sur les mines.

«Il faudrait former les populations locales pour leur offrir ces emplois», a suggéré le député péquiste d'Ungava, Luc Ferland. M. Ferland en a aussi contre la formule dite des «travailleurs volants ou Fly In Fly Out», qui ne viennent dans le Nord que pour y travailler et retournent dans leurs régions pour y passer leurs congés. «C'est pas avec des Fly In Fly Out qu'on va développer nos communautés», a prévenu le député.

Les travailleurs provenant du Nouveau-Brunswick font la navette toutes les trois semaines sur un Boeing 737 entre la ville de Miramichi et la mine. Détenue à 75 % par la chinoise Jilin Jien Nickel, Canadian Royalties a investi 800 millions $ à la mine Nunavik Nickel qu'elle s'apprête à exploiter à compter de l'été 2012.

L'entreprise aura besoin de 500 travailleurs pour occuper les 250 postes offerts.

Ils se relayeront toutes les trois semaines. Le site contient plusieurs gisements de nickel, cuivre, cobalt, platine et or. Plusieurs emplois sont déjà réservés à des travailleurs du Nouveau-Brunswick. Avant d'être congédié, Richard Desjardins a suggéré à son fils d'offrir ses services pour conduire une pelle mécanique à la mine Nunavik Nickel. «Mon garçon a été formé par le ministère de l'Éducation avec nos impôts. Il sortait de l'école et j'ai donné son nom à l'entrepreneur qui engage sur la mine. J'ai reçu une fin de non-recevoir, l'embauche se fait au Nouveau-Brunswick.»

Congédiement contesté

Le syndicat de M. Desjardins conteste le congédiement. «J'ai essayé de négocier avec Canadian Royalties et je n'ai pas été capable de le faire remonter à la mine. J'ai déposé deux griefs pour congédiement illégal et activité syndicale», confie Évans Dupuis, directeur de l'Union des opérateurs grutiers de la FTQ-Construction (local 791G).


La FTQ aux aguets

QUÉBEC - «C'est pas vrai que la FTQ va laisser le gouvernement vendre nos richesses naturelles pour faire travailler du monde de l'extérieur avant d'utiliser toute la main-d'œuvre du Québec.»

Le directeur de la FTQ-Construction, Yves Ouellet, fulmine à la pensée de ces dizaines de travailleurs provenant du Nouveau-Brunswick embauchés à la mine Nunavik Nickel de la Canadian Royalties dans le Nord du Québec.

La chose serait possible s'il y avait pénurie de main-d'œuvre au Québec, expose M. Ouellet. L'Alberta embauche des centaines de travailleurs québécois et d'ailleurs parce qu'on y manque d'électriciens, de soudeurs, de tuyauteurs, etc. «On n'est pas en pénurie au Québec», dit-il.

La mine Nunavik Nickel embauchait de 100 à 150 travailleurs du Nouveau-Brunswick à l'automne 2011. Ils sont un peu plus d'une soixantaine cet hiver à faire la navette aux trois semaines entre Miramichi et la mine.

Les salaires sont plus qu'intéressants (environ 100 000 $ par année), confie Évans Dupuis, directeur de l'Union des opérateurs grutiers (local 791G) de la FTQ-Construction.

«S'ils décident de faire le Plan Nord avec des travailleurs de l'extérieur, ils vont avoir la FTQ dans leur champ de vision. On ne les laissera pas faire. Ça appartient aux Québécois et ils vont commencer par prendre le monde d'ici avant. On va la former, notre main-d'œuvre», promet Yves Ouellet.

L'appel fait à Canadian Royalties est resté sans réponse.

Le reportage original est disponible sur le site de Canoe