L'enfer de Percy Gagnon

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Percy Gagnon

Denis Gratton, Le Droit – Le 5 mars, 2012

Percy Gagnon. Le nom est bien connu dans l'ancienne Ville de Gatineau. C'est cet homme d'affaires et ancien enquêteur à la Sûreté du Québec qui, il y a plus d'une quinzaine d'années, a mené une lutte sans relâche contre la corruption municipale à Gatineau.

Une lutte judiciaire qu'il a finalement remportée et qui a mené à la destitution du maire de l'époque, Robert Labine. Il va sans dire que cette affaire avait fait couler beaucoup d'encre à l'époque.

À 71 ans, Percy Gagnon publie un livre qui s'intitule, Un bodyguard pour mon âme. Il y raconte ses 25 années de dépendance à l'alcool et la drogue, et comment il s'en est sorti.

Simon Séguin-Bertrand, LeDroit

Percy Gagnon, 71 ans, revient sur cette histoire dans son livre qui vient de paraître et qui s'intitule «Un bodyguard pour mon âme». Mais il y revient très brièvement. Trois pages à peine sur un total de 350.

«J'ai hésité avant d'écrire ce passage, dit-il. Je me suis posé plusieurs questions. Puis finalement, je me suis dit: pourquoi pas? Parce que cette histoire a détruit ma vie. J'ai perdu ma maison, j'ai déclaré faillite, et ma femme a fait une dépression à cause de cette corruption-là. Certains hommes d'affaires avaient structuré une patente pour contrôler le développement immobilier à Gatineau. Mais mon père ma enseigné à me tenir debout. Et c'est ce que j'ai fait. Je me suis tenu debout.»

Son livre n'est donc pas un retour détaillé sur cette histoire ou sur la corruption municipale, et pas sur la destitution d'un maire qui était fort populaire à Gatineau non plus.

Son livre, c'est plutôt un retour sur ses 25 années de dépendance à l'alcool et la drogue.

Percy Gagnon est passé par l'enfer. Alcoolique, cocaïnomane, nommez-les. Il a tout fait pendant un quart de siècle et ses dépendance l'ont presque tué.

Mais il est sobre depuis plus de 20 ans. Et son livre, souhaite-t-il, se veut une recette pour quiconque tente de retrouver la sobriété et un sens à sa vie.

«Et c'est la raison pourquoi je mentionne l'épisode avec Robert Labine dans mon livre, explique-t-il. Si je suis venu à bout de passer à travers tout ça sobre, je pense que c'est un bon exemple à donner aux gens. C'est pas parce que tu vas devenir sobre que tu n'auras plus de courage.

«Depuis que je suis sobre, c'est l'épreuve qui a été la plus difficile. C'était terrible. Mais je suis passé à travers sobre et j'en suis fier. Je me suis tenu debout. Arrêter de prendre un coup ne t'enlève pas de pouvoirs. Tu ne deviens pas diminué. Au contraire! T'as encore plus de forces.

Avez-vous revu Robert Labine depuis sa destitution en 1994?, que je lui demande.

Oui, répond-il. On s'est croisés dans un restaurant une fois et il m'a serré la main. Je lui ai pardonné il y a longtemps. Mais je n'ai pas oublié.»

Percy Gagnon, l'homme d'affaires à la retraite, s'est donc transformé en auteur. Et il prétend que son livre contient «la recette et la combinaison secrète» pour toute personne qui veut se libérer d'une dépendance à la drogue et/ou à l'alcool. Mais pourquoi a-t-il attendu 20 ans avant de l'écrire, lui qui jure qu'il n'a pas bu une goutte d'alcool et qui n'a jamais retouché à la cocaïne ou à toute autre drogue depuis?

«Je n'étais pas prêt, répond-il. J'ai assisté à des dizaines, voire à des centaines de meetings des Alcooliques Anonymes (AA) et je n'ai jamais pu témoigner devant les autres comme eux le faisaient. Je n'ai jamais été capable et j'ai toujours refusé. J'avais peur de parler de mes émotions et de me mettre à pleurer. C'était l'orgueil, bref. Mais le fait de n'avoir jamais témoigné m'a tracassé pendant des années. Je me disais que je n'avais pas de coeur, pas de courage. Et tout ça allait contre les principes que mon père m'avait inculqués. Donc à un moment donné, je me suis dit que j'allais l'écrire, mon témoignage. J'y ai pensé pendant une dizaine d'années. Puis je me suis dit que si je pouvais sauver une seule personne, que ça en valait la peine.

«J'ai donc décidé de l'écrire pour aider les gens. Je raconte des petits bouts de ma vie et, à travers ces anecdotes, j'explique comment la dépendance commence, comment elle peut nous détruire, et comment s'en sortir. Un gars m'a demandé l'autre jour: 'Êtes-vous un médecin ou un psychiatre?' Je lui ai répondu: 'Non, je suis un témoin.'

«Et dans mon livre, je vais au fond des choses. Quand j'étais alcoolique et que j'ouvrais une bouteille, je n'avais pas peur de perdre le bouchon parce que je savais que j'allais me rendre au fond de cette bouteille. C'est comme ça avec mon livre. Je vais au fond des choses.»

Son livre s'intitule Un bodyguard pour mon âme. Drôle de titre. Et à la lecture de son oeuvre, on comprend que le bodyguard en question est en fait son Dieu, son être suprême, ou son chum, comme il dit. Percy Gagnon serait-il devenu porteur de la «bonne nouvelle» et disciple de Dieu? Il lève les yeux au ciel.

«Ici au Québec, dit-il, si je vais quelque part et que je prononce le mot Dieu, je vais geler tout le monde dans la place. Les gens diront: 'Bon! Il est embarqué dans la religion et il veut prêcher et embarquer tout le monde.' Mais s'il y a une chose que je ne veux pas faire, 'stie, c'est bien ça! On a été tellement charriés par la religion dans notre jeunesse. On s'est fait raconter tellement de mensonges. Je ne pratique plus depuis longtemps, mais je suis croyant au boutte. Il faut que tu sois croyant, il te faut un bodyguard. Prends Céline Dion par exemple. Elle est toujours entourée de trois ou quatre gardes du corps. Sinon, ses fans la déshabilleraient pour avoir un morceau de ses vêtements. Donc ça te prend quelqu'un à qui tu peux remettre tes problèmes entre ses mains. Si, par exemple, j'avais été nerveux de venir ici pour cette entrevue, j'aurais dit à mon Dieu: 'Occupe-toi de ça mon chum, parce que moi, ça m'énerve.' Et ça marche! Ça fait 25 ans que je le fais et ça marche.»

Percy Gagnon est au Salon du livre de l'Outaouais, aujourd'hui et demain, au stand 425. Le lancement de son livre se fera ce soir à 19 h, à la salle Désert, au Palais des congrès de Gatineau.

 Le reportage original est disponible sur le site web de Cyberpresse - Le Droit